La bourse de Mongabay renforce le journalisme environnemental africain

L’une des forces de Mongabay en tant qu’éditeur réside dans son réseau mondial de journalistes environnementaux locaux et expérimentés. Pour soutenir et développer ce réseau, ainsi que pour contribuer plus largement à la viabilité du journalisme environnemental comme carrière, Mongabay dispose d’un programme de mise en réseau dédié aux activités de renforcement des compétences, incluant des stages rémunérés, des formations journalistiques et des activités de microsubvention. En Afrique, où l’on constate une forte pénurie de journalistes issus des peuples autochtones et des communautés locales traitant de sujets scientifiques et environnementaux, le programme joue un rôle important dans la formation de ces reporters.

Des Turkanas, dans le nord du Kenya Image de Rhett A. Butler.

 

Depuis la création de la Bourse Y. Eva Tan pour le journalisme environnemental en 2022, Mongabay a formé plusieurs journalistes africains ayant été sélectionnés pour participer à ce programme de six mois. Abdulkareem Mojeed, boursier en 2023, a par exemple tiré parti de cette expérience pour postuler à d’autres programmes, nourrir son propre enseignement, et renforcer la dimension environnementale de son travail en tant que journaliste d’investigation pour le Premium Times, la principale plateforme d’information du Nigeria, qui a publié l’ensemble des articles qu’il a produit pour Mongabay au cours du programme.

Selon Mojeed, les connaissances acquises grâce à cette bourse lui ont permis de se faire une place de choix dans sa rédaction, devenant l’un des meilleurs journalistes environnementaux non seulement du Premium Times, mais aussi du Nigeria. À la suite du programme de Mongabay, il a candidaté et été accepté dans plusieurs autres, dont un qui lui a permis de participer à l’Africa Climate Summit à Nairobi, à la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques (COP28) à Dubaï et à la conférence de 2024 de la Society of Environmental Journalists à Philadelphie.

Depuis, Mojeed a également été accepté dans le programme Science, Health & Environment Reporting de l’Université de New York, a été invité à prendre la parole sur les questions environnementales lors de forums publics, et a commencé à animer des sessions de formation sur le changement climatique et les enjeux environnementaux. À la mi-2024, Mojeed avait formé plus de 50 journalistes à travers le Nigeria, un effort partiellement financé par l’Union européenne.

« C’est un projet important, car beaucoup de mes collègues sont intéressés par les sujets liés à l’environnement, mais ne savent pas comment les approcher », a-t-il dit. En tant que formateur, il s’efforce d’imiter son « formidable » rédacteur de la bourse Mongabay, qu’il considère comme l’un des meilleurs avec qui il a travaillé.

Deux éléphanteaux au Kenya. Image de Rhett A. Butler.

Malgré le parcours inspirant de Mojeed, la réalité dans la majeure partie de l’Afrique est que les médias établis disposent de peu de capacités, de ressources ou d’intérêt pour le journalisme environnemental. Pour mieux répondre à ces problématiques, en février 2024, Mongabay a élargi son programme en y intégrant une bourse spécifique à l’Afrique. Dès sa première année, le programme a permis de former plusieurs journalistes locaux, dont Edgard Juste Agbanou.

Né au Bénin dans une communauté forestière touchée par la pollution et la déforestation, Agbanou travaille désormais comme journaliste indépendant au Togo. Selon Agbanou, la bourse lui a permis de couvrir des enjeux environnementaux qui lui tiennent particulièrement à cœur : « Pour ma mission chez Mongabay, je passe beaucoup de temps sur le terrain, dans des communautés forestières, à sensibiliser les habitants sur le fait que certaines de leurs activités leur portent préjudice. Rien qu’hier, j’ai discuté avec un fermier qui coupait des arbres pour faire plus de place à ses cultures. On a discuté, et il a réalisé que ça avait un impact sur les pluies. Aujourd’hui, il replante des arbres. »

De même, Abdel Yerbanga, un ancien boursier, a affirmé que « nous avons déjà un impact dans notre communauté, parce que nous posons des questions et que nous sensibilisons ». Albakaye Bollo Cissé, qui vient d’une communauté locale affectée par le changement climatique au Mali, utilise désormais ce qu’il appelle la « méthode Mongabay » pour contacter des sources et concentre son journalisme sur les solutions. En moins d’une semaine après la publication de son premier article avec Mongabay, Cissé a été chargé de l’ensemble du reportage environnemental à la station de radio où il travaillait.

Mais pour que leurs efforts de reportage soient viables sur le long terme, les journalistes environnementaux comme eux doivent pouvoir compter sur de véritables perspectives de carrière. Dans les régions où cela s’avère particulièrement difficile, des initiatives de renforcement des capacités comme la bourse de Mongabay en Afrique offrent un moyen efficace et concret de lancer des carrières, de former des journalistes locaux peu expérimentés et de les aider à publier des reportages qui, autrement, resteraient dans l’ombre.

Plus important encore, peut-être, la bourse offre aux participants des compétences utiles et les expose à de nouvelles opportunités professionnelles. « Ils sont plus pris au sérieux après », affirme Juliette Chapalain, rédactrice multimédia de la Bourse Afrique de Mongabay. La bourse ouvre la voie aux participants pour continuer à faire émerger et proposer des sujets, aussi bien à Mongabay qu’à d’autres médias, tout en leur offrant l’occasion de tisser des liens durables, des connexions qui ont même donné naissance à de nouvelles collaborations. Ainsi, la première cohorte de la bourse Afrique a donné naissance au Réseau Africain des Journalistes Environnementaux Francophones (RAJEF), basé au Burkina Faso, qui partage des actualités sur l’environnement et des outils journalistiques utiles à sa communauté.

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Image de bannière : Un lion d’Afrique. Image de Rhett A. Butler.